23/06/2005

Bouddhisme

Le bouddhisme est devenu très "tendance", surtout depuis la tibetomania et la Dalai-Lamamania initiée par Richard Gere (entre autres). J'ai moi-même fréquenté un centre tibétain à Bruxelles. Je parraine aussi un étudiant tibétain réfugié au Népal (pour les ceusses qui ne le sauraient pas, le Tibet est occupé et annexé par la Chine depuis 1951).
 
Mon ex m'a fait lire en 1994 un ouvrage sur le Bouddha et j'ai été conquis. Mais elle me l'a fait lire à l'issue de la visite d'une expo "Au Tibet avec Tintin", où nous sommes restés + de 4 heures, il est vrai. À l'époque, je croyais que bouddhisme et Tibet, c'était tout un. Aussi nous sommes-nous lancés à corps perdu dans la pratique tantrique tibétaine et avons-nous commencé à fréquenter un Centre d'Etudes tibétaines.
 
Il m'a fallu presque 4 ans pour me rendre compte.
 
Une fois passés les préliminaires d'usage, les enseignements du Bouddha historique étaient peu à peu relégués au second plan, voire à la cave. Peu à peu, il n'y en avait plus que pour les "rinpochés", les "tulkus", bref, autant de titres ronflants qu'à l'échelle occidentale, on peut allègrement assimiler à des "Monsieur le Vicaire" ou des "Monsieur le Curé". Tous les ingrédients du christianisme refoulé étaient présents. Un "public" essentiellement composé de femmes d'au moins 50 ans, toutes ex-chrétiennes, toutes plus ou moins amoureuses de Ringo-Trucmuche Rinpoché, parce qu'il était beau gosse, et qui continuaient à avoir besoin de croire, de vénérer !!! Comme au bon vieux temps ! Et le clergé tibétain y allait (et y va toujours) joyeusement !!! "Votre lama a davantage de compassion que le Bouddha lui-même, d'ailleurs, votre lama, lui, au moins, est toujours vivant, et peut donc expliciter ses enseignements"... Alors que le Bouddha avait tout explicité au point que ses enseignements ne nécessitent quasiment aucune exégèse, mais bon.
 
Je ne crois plus en la vertu des lamas. Quand j'entends Lama Sogyal dire à des théravadins "sans les moyens habiles, vous n'irez nulle part, et les moyens habiles, c'est moi", alors qu'en fait d'être un éveillé, il n'hésite pas à forcer la porte d'une chambre d'hôtel (de luxe, comme de juste) parce que la locataire a eu l'heur de lui plaire...
 
Je ne crois plus aux vertus des mantras. On prétend dans le tantrisme que, bien plus que le sens (quand il y en a un), c'est le son du mantra qui est de nature à changer le mental de la personne qui le récite. Ah ouiche !!! Alors, si c'est le son qui prime, pourquoi dans le mantra du "Bouddha de Médecine", qui dans le tantrisme hindou se prononçait "Teyata Om Bekadze Bekadze Maha Bekadze Radjah Samun Gate Soha", pourquoi dis-je, le mot "Radjah" a-t-il été sans contestation modifié en "Radza", simplement en raison de l'absence de son "j" dans la langue tibétaine ? Puisque c'est le son, paraît-il, qui prime, les Tibétains n'étaient-ils pas censés s'astreindre à prononcer le mantra tel quel ? Pareil pour le mantra le plus connu, celui de cet être ni bouddha, ni homme, ni singe qu'on appelle un "boddhisattva", le boddhisattva, donc, de la compassion, Avalokiteshvara, "Chenrezig" en tibétain, son mantra étant "Om Mani Padme Houng". Mais bon, en tibétain, la phonétique veut qu'un a suivi d'un d se prononce é, et donc, le mantra (dont soi-disant seule la sonorité compte), version lamaïste, donne "Om Mani Pémé Houng". Pourquoi cette adaptation, puisque soi-disant, le son d'un mantra est plus important que son sens ? Et pour finir sur le sujet, vous pouvez toujours réciter autant de "manis" que vous voudrez en passant devant un hosto ou une prison, ça n'empêchera ni un malade grave de mourir, ni un détenu suicidaire de mettre fin à ses jours, s'il en a décidé ainsi. Mais ça donne bonne conscience, les manis, ça oui.
 
Il n'y a guère dans tout ça que le Dalai Lama qui m'a l'air à peu près intègre. Certes, il sacrifie (c'est hélas le cas de le dire) aux traditions lamaïstes en procédant par exemple à la puja du Kalachakra, mais lui, au moins, considère que si le Tibet devait être libéré de la botte chinoise, lui n'aurait plus aucune raison de rester le chef de l'Etat tibétain et que des élections démocratiques devraient se tenir. Il est malheureusement bien isolé dans cette position, car tout le reste du gouvernement en exil à Dharamsala préfèrerait conserver ses prérogatives.
 
Je n'ai guère plus de sympathie pour les autres "véhicules" du bouddhisme. Tant les écoles Zen de Corée que les écoles Zen Rinzaï du Japon se plaisent à compliquer le message bouddhique à outrance (sous prétexte de le simplifier, ce qui est un comble !). Les "koans" (énigmes du Zen Rinzaï), quelle PLAIE !!! Pas plus de sympathie pour le Zen Soto où "faire Zazen" est tout. Faire zazen consistant à méditer, mais en respectant scrupuleusement une certaine posture. Lorsque l'on sait que le maître Zen Soto le plus connu de France, Maître Deshimaru, se shootait au whisky dès potron minet, tout en recommandant l'abstinence à ses disciples en leur disant "ne prenez pas exemple sur moi, soyez attentifs à l'enseignement, non à l'enseignant", en clair, "faites ce que je dis et pas ce que je fais", le tout en instaurant un culte de sa petite personne, non, désolé.
 
J'en ai autant au service de certains "vénérables" du véhicule Theravada. Quand je lis que le maître thaïlandais Ajahn Chah préconisait d'utiliser, en lieu et place de toute espèce de médoc, le "borapet", breuvage chaud, amer et alcoolisé (!!!) alors qu'en principe, dans les communautés monastiques bouddhistes, l'alcool est proscrit afin de préserver la qualité de la méditation, désolé, NON !
 
Bref, oui, je suis bouddhiste, en ce sens que je m'efforce d'appliquer l'enseignement du Bouddha historique, qui est aisément accessible dans le Dhammapada, et qui est clair, complet, et surtout sans équivoque ! Absolument pas sujet à interprétation. Lequel enseignement demande instamment au pratiquant de faire non stop appel à son esprit critique, à son libre-arbitre, choses totalement "oubliées" dans les "grands" véhicules que sont le zen et le lamaïsme tibétain...
 
Je ne vénère aucun "maître" vivant. Et, appliquant ses enseignements, je ne vénère même pas la personne du Bouddha historique, mais ses enseignements. Et encore... Bien plus que "vénérer" ses enseignements, je m'efforce de les appliquer, ça me paraît plus utile que la "vénération"... mais c'est pas facile. Je me fais l'effet de quelqu'un qui a enfin trouvé le poteau indicateur, mais qui sait que le chemin ne sera pas simple pour autant...

02:25 Écrit par Wineblood | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

un débutant bloger...http://philippevousparle.blogspot.com/ dommage qu'un si beau mesage soit resté sans commentaire.

Peut etre consulter (pour approbation?) "Le zen en guerre" de Brian Victoria dénoncant l'implication de toutes les écoles zen dans la propagande militariste et fascite du japon impérial.
Et aussi : Metchnikoff était pédophile, Gandhi était un tyran famiial haï de ses fils, etc. Mais pourtant la phagocytose était une grande découverte, et Gandhi a vaincu sans violence ce qui n'est pas une mince affaire dans la société indienne. Le maitre peut donc etre une crapule mais l'enseignement rester valable. N'attend-on pas trop de lui. Le surhomme n'existe pas. Donc je n'ai pas, moi non plus à tendre vers la perfection. Ouf, ca va me reposer.
Et aussi : à mon sens le danger de toute sacralisation est de laiisser la raison à l'entrée. Le zen ne m'apportera finalement aucune supériorité, aucune solution miracle, aucune compréhension inaccessible. Alors quoi? Je sais pas encore, j'explore...

Mais surtout, il faut punir SEVEREMENT les propiétiare du Zenith qui nous volent et massacrent les performances d'artistes de qualité. C'est INTOLERABLE!

Écrit par : philippe | 15/12/2005

Les commentaires sont fermés.